Santiago #2 : Une mémoire à fleur de peau

Le 11 septembre 1973, un coup d’état a lieu au Chili.

Un junte militaire, soutenu et encouragée par les États-Unis, prend le contrôle du pays et renverse le président socialiste démocratiquement élu, Salvador Allende. Ce dernier est retrouvé mort à son bureau, après un ultime discours a la radio, alors que le palais de la Moneda est assiégé et bombardé par l’armée.

Ce coup d’état met fin à 3 ans d’un mouvement de révolution démocratique et populaire. Ce mouvement très populaire, s’est heurté aux intérêts historiques de l’aristocratie chilienne, qui va alors trouver un soutien très intéressé auprès des États-Unis. Ces derniers ne voulant pas d’un nouveau Cuba dans leur pré-carré, ils vont exercer une pression économique très forte sur le pouvoir et infiltrer l’armée.

Le 11 septembre 1973, la junte met à la tête de l’état le Général Pinochet et installe un régime militaire. La répression est très forte :

  • 3 200 personnes tuées ou disparues.
  • 29 000 Personnes torturées.
  • 130 000 personnes détenues.
  • Entre 250 000 et 1 000 000 exilés.

La démocratie ne se réinstallera que progressivement à partir du référendum du 11 mars 1990.

Se balader et découvrir les rues de Santiago c’est rencontrer, parfois par hasard, la mémoire de cette période sombre. Des traces et manifestations d’autant plus visibles, que la date du 11 septembre était proche… Jour où tous nos contacts chiliens nous ont d’ailleurs fortement déconseillé de sortir.

La Moneda

Plaza Ciudadania – Pas de visite, environ $2 000 pour les expos du centre culturel

La Moneda est un palais qui abrite depuis 1846, les bureaux des présidents de la république. On peut y voir tous les matins vers 10h (11h le week-end) la relève de la garde présidentielle. Il abrite un centre culturel très moderne (Cinémathèque, salles d’exposition, artisanat traditionnelle chilien, etc.).

Le 11 septembre 1973, le palais fut assiégé et bombardé par l’armée. Si aucune trace ne reste, une statue à l’effigie de Salvadore Allende a été érigée.

A notre premier passage, il y avait de grandes tentes installés pour une évènement autour de l’artisanat des femmes indigènes. Bizarrement, beaucoup de carabineros autour et surtout impossible de rentrer. Après avoir demandé à l’un d’entre eux, il nous dit que la présidente visite l’expo, d’où la fermeture temporaire. On s’apprêtait alors a partir quand Michelle Bachelet est sortie de l’expo et a traversé la place du palais devant nos yeux !

Londres 38

Barrio Londres Paris – www.londres38.cl – Gratuit

Un bâtiment croisé par hasard dans nos pérégrinations administratives, nous a interpelé pour ses nombreux tags inscrits sur alors que le quartier « Paris-Londres » était vraiment propre et tranquille. En y regardant de plus près, il y avait des panneaux dénonçant l’impunité de la police depuis la fin de la dictature et des noms étaient inscrits sur certains pavés au sol.

Nous avons appris que ce lieu a été durant la dictature un important centre clandestin de détention et de torture. On estime que près de 1 100 personnes y ont transité dont 94 furent exécutées.

En 2005, ce lieu fut déclaré Monument Historique et il est aujourd’hui un lieu de mémoire important que l’on peut visiter. Il est au cœur d’un projet participatif autour des différentes associations de victimes et de mémoire.

El Museo de la memoria y de los derechos humanos

Matucanas 501 – Gratuit (Audio guide en français : $2 000)

Autant le dire tout de suite, on a passé plus de trois heures dans ce musée au lieu des deux heures annoncées dans notre guide. L’intelligence de sa scénographie, l’émotion de ses différentes pièces et la didactique de son parcours nous ont particulièrement touchés. Ouvert par la présidente Michelle Bachelet, il est toujours contesté par une partie de la droite chilienne. Exemple de plus que cette mémoire est un point de friction et de tension au Chili. Le musée se compose de trois niveaux :

  • Le rez de chaussé, où l’on entre en venant de la grande esplanade. Début de la visite, sur une présentation des rapports des commissions « Vérités et réconciliations » dans le monde puis plus spécifiquement au Chili.
  • Le 1er étage est dédié au coup d’État du 11 septembre 1973 et aux 17 ans de dictature qui ont suivi. Actes de résistances, répressions des autorités et témoignages de survivants, l’expo met en lumière les rouages répressifs du régime et la résilience quotidienne de la population. La salle du souvenirs est un des moments très fort du musée.
  • Le 2eme étage abrite des expos temporaires et un centre de documentation audiovisuel.

Le musée organise aussi régulièrement des événements, la plupart du temps gratuit.

Cementerio General

Plazuela del Cementerio – Gratuit

Le Cementario Général est un lieu très impressionnant, où dort l’histoire récente et plus ancienne de la ville. C’est aussi là où l’on a vécu une des expériences les plus forte de notre début de voyage.

On est entrée par l’entrée historique de la Plaza de la paz. Le cimetière, qui s’étend sur près de 86 hectares, est organisé en bloc pour pouvoir se repérer. Le cimetière, à la végétation luxuriante, dégage une tranquillité étonnante au milieu de la ville. La chose qui nous frappe, c’est la mégalomanie de certains mausolées : temple aztèque, romain ou égyptien, rien n’est trop grand ou ridicule pour les plus riches ! Les immenses mausolées réservés aux différents corps de l’armée et de la police, montre aussi la puissance, aujourd’hui encore, de ces institutions. Certaines parties au contraire tombent en ruine, faute d’entretien, comme ce temple de style grec réservé aux jeunes enfants décédés au début du XXe siècle.

Et puis il y a le passé récent, comme cette sculpture en ombre au dessus de la tombe d’un leader Mapuche assassiné avec 42 de ses compagnons. Il y a bien sûr la tombe de Salvador Allende, où les hommages du 11 septembre étaient encore visibles. Autre lieu émouvant et très impressionnant, l’esplanade en souvenirs des victimes et disparus de la dictature où de nombreuses personnes viennent se recueillir.

Alors que nous nous apprêtions à quitter le lieu, un petit groupe de personnes, gonflant des ballons devant le mur des exécutés politiques nous intrigue. On reste un peu à l’écart pour ne pas déranger, quand une dame vient vers nous. Elle nous explique que son jeune frère a été tué pendant la dictature et que toute la famille se réunie chaque année pour lui rendre hommage. Elle nous invite à partager ce moment avec eux. Nous restons donc et une petite messe a lieu puis des chants. Si nous ne comprenons pas tout avec notre espagnol limité, il se dégage une émotion très forte, à la fois triste mais pleine de vie. Une fois les chants finis, place à la musique

Une nouvelle fois la dame revient vers nous et nous remercie très chaleureusement d’être restés. Nous sommes très touchés. Elle nous offre un verre de jus d’orange et une petite médaille en bois au nom de ce frère disparu : Antonio Chamorro Torres. Surement un des cadeaux les plus précieux que nous ramènerons de ce voyage. Enfin avant que tout le monde ne se sépare, nous sommes une nouvelle fois conviés à participer au lancé de ballons. Nous écrivons de petit mots sur nos ballons avant de les lancer au son de la musique de Victor Jara…

Nous repartons, quelques larmes au bord des yeux, en remerciant cette famille pour ce moment vraiment magique qu’elle nous a offert…

« Antonio Chamorro Torres est mort le 14 septembre 1973 à 8 heures du matin, par plaie par balle.
Selon la déclaration de sa mère, il a quitté son domicile ce jour là pour aller à son lieu de travail, Il a été intercepté par les membres de la Force aérienne du Chili, qui lui ont fait remarquer qu’en raison du couvre-feu, il n’y avait pas de transport et devait rentrer chez lui. Plus tard, il est sorti à nouveau, cette fois pour acheter du pain, avant d’être frappé par derrière par des officiers de la même institution, dans la rue Rodrigo de Araya et Santa Julia, consignée dans le témoignage d’un voisin qui a été témoin ce qui est arrivé. Il convient de noter que ce jour-là, le couvre-feu a pris fin à 6:30. »

Las Fiestas Patrias

Et pour finir sur une note un peu plus joyeuse cet article, nous ne pouvions manquer de parler de le fête nationale chilienne qui a lieu les 18 et 19 septembre.

Ces dates tombant cette année un lundi et mardi c’était un peu la fête car ça donnait lieu à un grand weekend de cinq jours ! Pour les chiliens cela a permis de faire une pause car les dernières vacances d’été (décembre – janvier) étaient déjà loin.

Comme à priori tous les pays d’Amérique du sud, les chiliens sont très attachés à leur pays et drapeau. Quasiment toutes les maisons et magasins sont décorés de drapeaux et de guirlandes tricolores. Les écoles étaient à la fêtes la semaine d’avant, entre spectacles pour les plus petits et Asado et bals pour les plus grands. L’école où nous prenions nos cours d’espagnol n’y a pas échappée, et c’est tant mieux pour nous !

Sinon la ville organisait des évènements festifs dans tous les parcs de la ville, avec un rassemblement plus grands au Parc O’Higgins, avec concerts, défilés militaires, danses, asado et autres festivités.

Un vrai moment festif que nous avons fêté le lundi en pique-niquant avec nos amis de l’auberge et de l’école dans un parc où les festivités avait eu lieu la veille (nos informations n’étaient pas très bonnes…). Malgré encore quelques loupés le lendemain matin, nous avons tout de même pu voir les festivités de notre quartier et commenter le défilé militaire des écoles militaires et de police avec nos réflexions de frenchies.

Bon après tant de festivités il va être tant de se dérouiller un peu les jambes, prochain article sur notre première randonnée dans un parc national !

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