Chiloé, légendes insulaires et oceaniques

Partis de Pucon le matin, direction Ancud. Passé Puerto Mont, on sent le rapprochement de la Patagonie. Il fait plus froid, le vent souffle parfois très fort et la pluie est là chez elle. Une fois n’est pas coutume notre trajet traverse la mer.

Encore en short, habitué au soleil de Pucon, sous le vent, Thomas veut filmer un bout de traversée au plus près des vagues. Un peu trop près. Il rentrera dans le bus à moitié trempé sous les regards amusés des locaux.

Le ton est donné en traversant le canal de Chucao, nous quittons le continent pour l’île de Chiloé et partons sur les traces de l’écrivain Francisco Coloane.

La situation particulière de Chiloé en fait un territoire aux allures d’Irlande ou de Bretagne. Des coutumes plus ou moins magiques fortement ancrées et une population à l’hospitalité et à la gentillesse vraiment marquée, dont nous ne cesserons pas de nous étonner pendant dix jours.

Ancud forteresse au coeur tranquille

Notre bus nous lâche à Ancud, ancienne capitale de l’Île et forteresse espagnol. Un peu en marge du tourisme, on flâne entre ses petites maisons en bois colorées dans une ambiance tranquille.

Pour deux jours nous prendront place à l’hostal 13 lunas, une de nos meilleurs auberge du voyage ! Avec sa grande cuisine nous nous lançons dans la préparation de saumon et de merlut au four. Grace à l’aura de notre cuisine française, nous partageons un excellent ceviche de saumon avec une famille à qui nous avons piqué la recette.

Pour cela Ancud possède une feria avec un petit marché ou l’on peut s’approvisionner en poissons, légumes et condiments à des prix vraiment peu chers (2,5€ pour un grand filet de merlu et de saumon, soit environ 5€ le kilo, imbattable).

Et pour regarder la pluie tomber, au chaud, en mode cocooning, nous avons découvert au hasard de nos pérégrinations, l’Amaranthine, un salon de thé vraiment chouette pour se régaler de boissons chaudes et de pâtisseries délicieuses.

Mais brève de gourmandise, en plus de ces jolies rues, Ancud possèdent deux musées importants si vous voulez mieux comprendre Chiloé :

  • Son musée régional, tourné vers l’histoire récente et préhispanique, entre histoire et légende. On retiendra la légende du Trauco sorte de satyre qui venait se glisser sous les draps des femmes dont les hommes étaient en mer et qui devaient expliquer leurs gros ventre au retour des marins.
  • Le musée des églises de Chiloé. Un musée essentiel pour découvrir l’architecture toute particulière des églises chilote, faites de bois et dont la nef ressemble à la coque d’un bateau retournée. Seize d’entre elles sont classées à L’UNESCO, valent vraiment le détour et se dévoilent sur le circuit du chemin des églises.

Nous faisons également le tour des librairies de la ville pour trouver quelque chose de Coloane, sans résultats..

Castro, cœur de l’île

Après notre coup de cœur pour Ancud, notre première impression de Castro, capitale et centre de l’île, fut d’abord mitigée. Plus touristique, plus peuplée elle est défigurée par un immense mall qui, après une construction très controversée, se retrouve avec un étage de plus qu’initialement prévu au milieu de maisons basses.

Néanmoins, ses trois quartiers de palafitos colorés valent la photo et son marché (le vrai, pas l’artisanal pour les touristes), comme souvent ici, est un petit régal. L’église de Castro, également, aux couleurs jaune et mauve, est la plus grande de l’île construite en bois suivant la tradition insulaire, reconnaissable à sa nef en forme de bateau renversée.

Nous continuons notre enquête mais encore une fois aucun ouvrage de notre écrivain chilotte à l’horizon.

Pour passer au delà de cette première impression, nous avons une nouvelle fois pu compter sur une auberge au top : Hostal Familiar y Backpacker. Administré par le patibulaire et truculent Fernando et aidé par le discret mais talentueux cuisinier, Ignacio. Cette auberge conviviale sera une des deux ou trois auberges que l’on considère comme nos maisons au Chili.

Ignacio, ancien cuisinier à Santiago, nous fait goûter au le meilleur Chupa de jaiba et Fernando conseil Thomas pour perfectionner son ceviche.

Bref un lieu génial où se rencontrent les voyageurs. Il y a ceux qui remonte de Patagonie et ceux qui y descendent vers la Caretera austral. On y échange des plans, on déplie les cartes et on refait le monde avec du vin. On y passera quatre fois, après chacune de nos excursions chilottes.

A l’Ouest un rien de Cucao

Une de nos premières excursions à Chiloé fut d’aller au petit village de Cucao. Pour cela nous avons pris un micro avec Aurélie et Béatrice, pour 3h de route vers l’Ouest et ses forêts natives protégées. On pose la tente au restaurant-camping el Fogon, au bord du lac Cucao. Pour ce premier jour, on se dirige vers le muelle de los almas, annoncé à 10km. On commence à pieds et on tente d’arrêter les (rares) voitures qui passent. Finalement, ce sont deux chiliens de Puerto Mont qui nous prennent et au vue des collines à grimper, on est plutôt content ! On approche par une petite marche d’une demi heure vers le muelle, un ponton en bois surplombant le paysage océanique.

Le lendemain on part en direction de la plage de Cole Cole (que l’on conseil à tous les voyageurs de ne pas louper) en mode léger et on regrette vite de ne pas avoir pris la tente avec nous. Tant pis, la plage de Cipresal que nous traversons est déjà tellement immense et magnifique sous le soleil ! Les lignes de vagues sont impressionnantes et à perte de vue, on n’avait jamais vu ça, même en Normandie !

Après une belle journée de marche, nous rentrons en stop au camping pour une pasta-fogata avec Béatrice, Clothide et Tigran deux autres français croisés sur la route. Alors que dans une ambiance un peu humide nous tentons depuis une demi heure d’allumer un feu, c’est le patron du camping-restaurant, alors en plein service, qui vient a notre secours et nous ramène plein de carton. La gentillesse chilote on vous dit.

Avant de rentrer Béatrice tentera de connaitre le résultat du second tour des élections présidentielles chiliennes en questionnant un vieux monsieur du village. Celui-ci nous dit que Sebastian Pinera, le candidat de la droite, a remporté l’élection contre Alejandro Guillier. Il partage avec nous sa déception et sa tristesse face à la victoire d’un candidat qui porte en lui l’héritage de la dictature.

Là où naquit Francisco Coloane

De retour a Castro, nous ravitaillons en « Palta » (le petit nom chilien de l’avocat), nous prenons une petite photo des maisons de palafitos et nous partons pour le nord ouest à Dalcaue.

Nous avons trouvé un petit camping sur une colline avec une vue imprenable sur la baie. Avec le reflet du soleil et des nuages, la vue est superbe !

Nous faisons un tour de la ville et découvrons une petite boutique d’artisanat qui fait office de bibliothèque gratuite : DecoCalen ! Le propriétaire est un ancien bibliothécaire de Santiago qui en avait marre de l’inertie de sa profession (on ne rigole pas). Il est passionné et nous lui laissons un livre en français pour étoffer son fond international. Il nous explique que l’œuvre de Coloane se fait rare en librairie car la réédition de ses livres est bloquée pour des questions de droits.

Sous ses conseils nous partons finalement découvrir la cuisine chilotte (à défaut de nourrir son esprit, le ventre a toujours faim) ! Tout se passe dans un grand bâtiment au bord de l’eau où se trouve plusieurs cocineras, sorte de petits comptoirs où des cuisinières proposent les spécialités locales : curanto (mélange de viandes, de poissons, de patates et de fruits de la mer), cancato (sorte de sandwich où le pain est remplacé par des filets de saumon avec des saucisses et du fromage entre les deux), chupe de jaiba (gratin de crabe) et autres paëla marine et ceviche. On ne pouvait bien sûr pas passer à côté de ça…

De Dalcaue nous prenons ensuite la barque pour gagner l’île d’Achao et visiter son église. N’ayant pas de véhicules, nous sommes dépendant des bus et ne pouvons resté que 2 heures dans ce petit village sans pouvoir aller visiter les environs. En dehors de son église typiquement chilote toute faite de bois, de son tout petit musée et de son bord de mer, le tour est vite fait.

Dernière étape de ce périple au nord-est de l’île, Quemchi, ville natale de la célèbre barbe blanche que nous suivons. Si ce petit village de pêcheur ressemble à tous les villages de Chiloé, il abrite en son sein un petit musée dédié à l’enfant du pays. Ce musée vient d’une belle histoire, d’un hommage à une tradition d’ici : la minga. La minga, est une tradition d’entraide. Si j’ai besoin d’aide pour des travaux, des récoltes ou de déménager, je fais appel à mes voisins. En échange de ce travail, un bon asado et une promesse de réciprocité. Oui, ici, quand vous déménagez, vous apportez votre maison avec vous. Pas en kit, non. Vous appelez vos voisins, renforcez la structure en bois, attelez une douzaine de boeufs et c’est parti ! Sur terre ou sur la mer (oui, oui) votre maison va où vous voulez !

Le musée Francisco Coloane est donc une maison venue de la mer, pour une des dernières minga de ce genre et imaginée de longue date par une bibliothècaire. Il a fallu retrouver les derniers anciens qui détenaient le savoirs faire pour un tel travail. Les traditions se perdent et ce type de minga ne sera bientôt plus qu’un événement pour les touristes.

Cela donne une ambiance un peu magique à cette maison qui semble avoir prise les nuances gris bleu de l’océan. Nous y découvrons les grandes étapes de la vie de l’auteur ainsi que la reconstitution de certaines pièces de son enfance. Malheureusement, même ici, nous ne pouvons trouver aucun livre de Coloane…

Nous terminons cette journée par un petit détour à Aucar, sur les conseils de Fernando. Sans nous aventurer dans le centre du petit village, nous nous faisons déposer à l’entrée d’un chemin en terre et découvrons sous le crachin, un grand ponton menant à une petite île. Cette ambiance particulière donne quelque chose de très mystérieux, à mi-chemin entre Tom Sawyer et Shutter Island. Au bout du ponton, l’îlot abrite un cimetière fleuri et désordonné et une petite église. Chiloé est décidément pleine de surprises…

Il nous faut maintenant rentrer à Santiago, et c’est finalement, dans la petite bibliothèque d’échange de livres de Fernando que nous trouverons notre petit trésor : un exemplaire du Dernier Mousse d’un certain Francisco Coloane…

Laisser un commentaire